Quand la nouvelle de l’ « abandon » des 140 caractères a été lancée par Twitter début janvier, la communauté s’est affolée. Au-secours ! Ca dénature le réseau ! Misère, Twitter se fait « facebookiser » ! Les formules ont fleuri, les petites phrases aussi. Elles m’ont fait sourire, je dois le dire. J’aime bien celle-ci :

Capture1

Au-delà des passions déchainées au lendemain de l’annonce, qu’en est-il vraiment ? Quelles sont les incidences concrètes de Twitter à 10 000 signes vues de la petite lorgnette du content marketing ? Quelles sont les opportunités éventuelles pour les entreprises ?

J’ai donné la parole à quelques experts pour essayer d’y voir plus clair :
– Alban Jarry, expert réseaux sociaux et auteur de plusieurs livres blancs remarqués sur les réseaux sociaux
– Francis Méléard, co-fondateur de l’agence Pim-Bim, en duo avec Isabelle Defay, également co-fondatrice de Pim-Bim..
Leurs réponses ne sont pas tranchées, elles recèlent un peu de « pour », un peu de « contre »… et, dans les deux cas, un recul pertinent sur le sujet.

 

Tout d’abord : don’t panic !

Twitter n’a pour l’instant rien acté. Si un projet intitulé « Over 140 » est bel et bien dans les tuyaux, le passage à 10 K n’a pas été confirmé. C’est le site Re/Code, certes référent, qui a annoncé « de source proche » l’explosion à 10 K.

 

Pour ceux qui voient positif : 3 atouts du passage à 10 000 caractères

Premier atout : Plus de viralité
A une condition : que Twitter ajoute des champs, sans dénaturer la structure des messages courts à 140 signes.

Je vous laisse lire l’excellente analyse d’Alban Jarry

« Les limites actuelles des 140 caractères sont évidentes. D’autant que des éléments « périphériques » (mais indispensables pour augmenter la viralité des tweets !) viennent « rogner » le nombre de caractères disponibles. Un lien = 20 caractères, une image = 20 caractères, des hastags = x caractères… : cela réduit considérablement l’espace d’expression. Si ces éléments sont traités dans des champs séparés, cela allégera considérablement la lecture des tweets sans dénaturer la structure même de Twitter qui consiste à écrire des messages courts.

Jusqu’à présent tous les ajouts de Twitter ont plutôt augmenté la viralité. Ainsi lorsqu’en 2015, Twitter a ajouté la possibilité de citer 10 comptes clés liés à une photo, le nombre de partages a considérablement augmenté. De même, pouvoir inviter plusieurs personnes dans des messages privés a permis de créer des espaces de discussion parallèles et de s’organiser plus efficacement entre utilisateurs. L’exemple de #i4emploi montre tout l’intérêt pour des collectifs d’utiliser cette « pièce secrète » de Twitter pour s’organiser et amplifier la portée de tweets. En utilisant cette nouvelle option plusieurs personnes ont pu rapidement retrouver un travail ! » Alban Jarry

Pour en savoir plus sur la pièce secrète de Twitter : voir la tribune d’Alban Jarry sur Linkedin

 

Deuxième atout : Twitter a l’opportunité de devenir un vrai média
C’est une opportunité… mais aussi un risque : en se transformant en plateforme média (à l’instar de Linkedin ou Facebook), Twitter procède à une révolution qui met en cause son identité même !

Pour Francis Méléard, le passage à 10 000 caractères transforme Twitter en média. « Le réseau change de vocation. D’une plate-forme d’aiguillage – i.e. via les liens dans les messages qui renvoient à d’autres sites -, il devient un média à part entière ». Il n’y a pas à crier au loup… juste à voir « si les contributeurs seront de qualité et la pertinence au rendez-vous ».

Alban Jarry partage peu ou prou ce point de vue : « si la qualité est présente dans les 10 000 signes – ce qui nécessite un filtre éditorial -, cela peut avoir du sens. A condition cependant que les 10 000 caractères soient séparés des 140 initiaux – qui deviendraient l’équivalent de titres et court chapô ».

 

Troisième atout : une opportunité de doper le référencement naturel
Si toutefois Google se montre magnanime

Pour Isabelle Defay, co-fondatrice de Pim-Bim, « le passage à 10 000 caractères représente potentiellement un outil de référencement supplémentaire. » A une condition : que la double publication (par exemple sur un blog et sur Twitter) ne soit pas considérée comme du « plagiat » – duplicate content – par Google, qui se montre alors intraitable et renvoie les contenus au fin fond du classement. « Dans ce cas, le risque est qu’on soit obligé de créer deux fois plus de contenus pour rester visible sur Twitter ».

 

Pour ceux qui voient tout noir : 3 raisons de délaisser le réseau

Twitter sans les 140 caractères, c’est un peu comme le vin sans alcool, ça perd de sa saveur… Et ceux qui voient tout noir pourront être tenté de déguerpir, arguant des trois raisons suivantes :

Première raison de déguerpir : les internautes fuient
Flashtweet – l’excellent média sur Twitter lancée par Emmanuelle Leneuf, une ancienne de la Lettre de L’Expansion – a relayé un sondage sans appel : 90% des utilisateurs de Twitter sont CONTRE le passage à 10 000. Si ces 90% venait à délaisser le réseau… il serait certes grand temps d’aviser. Mais on en n’est pas là !

Capture

 

Deuxième raison de déguerpir : Twitter n’est plus LE média de l’immédiateté
« Nombre d’événements majeurs ont été relayés en premier sur Twitter avant que le web ne s’en empare », écrit Francis Méléard dans sa tribune sur Linkedin. Rien à dire là-dessus : Twitter est devenu une source d’info pour les médias « traditionnels », chaine d’infos en continu en premier lieu.

OK, mais quelles sont les conséquences pour les marques ? Prenons deux exemples :
> Le live tweet: si Twitter devient un média « comme un autre », le live tweet (e le récit d’un événement – colloque… – en direct sur le réseau) risque de ne plus avoir le même impact.
> La relation client : de plus en plus de marques utilisent Twitter pour répondre vite (très vite) aux questions de leurs clients (à ce propos, voir l’article de e-marketing.fr). Si Twitter devient un WordPress bis, le réseau social sera-t-il toujours un espace privilégié pour développer une relation client qualitative ?

 

Troisième raison de déguerpir : Twitter n’est plus le lieu des « joutes verbales » et petites phrases, ça n’a plus d’intérêt pour les leaders d’opinion
« Il ne faut pas tuer le jeu de la petite phrase, c’est ce qui fait la différence de ce média atypique aujourd’hui », ajoute Isabelle Defay. C’est ce qui séduit les politiques (et les perd parfois)… et certains grands patrons. Si Twitter n’est plus le lieu de la « petite phrase », gardera-t-il le même poids en terme de stratégie d’influence des marques ?

 

Laissons le mot de la fin à Alban Jarry : « Twitter n’a pas le choix ! »

« Twitter est confronté à un problème de rentabilité. Comme Facebook, Linkedin ou la presse traditionnelle, il a besoin de disposer de contenus à forte valeur ajoutée et qui ne peuvent tenir en 140 caractères. Pourquoi ? Notamment pour associer des espaces publicitaires aux contenus hébergés dans le système », explique Alban Jarry.

Le phénomène de transformation des réseaux sociaux en médias a des incidences sur « la chasse aux contenus » et aux chroniqueurs. Alban Jarry d’ajouter : « Il y a en ce moment une volonté des réseaux sociaux à « récupérer » des contributeurs qui disposent d’un lectorat important dans les sites de presse ou dans leurs blogs. Les contenus de ces contributeurs sont généralement écrits gratuitement. »

Si Twitter décide bel et bien de passer à 10 000 caractères, il y a fort à parier que le réseau à l’oiseau bleu Twitter se lancera, lui aussi, dans une opération de séduction des chroniqueurs influents de la toile ! A suivre, donc…

Si vous souhaitez des conseils pour définir votre stratégie éditoriale sur les médias sociaux, etc&co est là pour vous servir.

Comments are closed.